Les matrices sont le format le plus emblématique des tests d’aptitude, et celui qui décourage le plus vite. On regarde une grille de neuf figures, on ne voit qu’un enchevêtrement de formes, et on choisit au hasard.

Pourtant, derrière presque toutes les matrices se cache le même principe de construction. Le comprendre change complètement l’expérience.

Le principe : des attributs indépendants superposés

Une figure de matrice n’est pas une entité unique. C’est un empilement de caractéristiques indépendantes. Dans le cas général, vous en trouverez trois à cinq parmi :

  • la forme — cercle, carré, triangle, étoile ;
  • le remplissage — vide, à moitié, plein, hachuré ;
  • la rotation — par pas de 45° ou 90° ;
  • le nombre d’éléments ;
  • la taille ou la position ;
  • la présence d’un détail — un point, une barre.

Chacun de ces attributs obéit à sa propre règle, simple. Ce qui rend l’ensemble difficile, ce n’est jamais la complexité d’une règle — c’est qu’on essaie de les lire toutes en même temps.

La méthode, pas à pas

Étape 1 : inventoriez les attributs qui varient. Balayez la grille et notez mentalement ce qui change d’une case à l’autre. Ce qui ne change jamais n’est pas une règle, c’est un décor : écartez-le immédiatement.

Étape 2 : prenez un attribut, un seul. Suivez-le sur la première ligne, de gauche à droite. Puis sur la deuxième. Si les deux lignes racontent la même histoire, vous tenez la règle de cet attribut.

Étape 3 : si les lignes ne donnent rien, lisez en colonnes. Beaucoup de matrices font porter un attribut par les lignes et un autre par les colonnes. C’est d’ailleurs la construction la plus fréquente : la ligne fixe la forme, la colonne fixe le remplissage.

Étape 4 : recommencez pour chaque attribut. Vous obtenez une liste de contraintes — « forme : triangle », « remplissage : plein », « rotation : 90° ».

Étape 5 : éliminez. Ne cherchez pas la bonne réponse, éliminez les mauvaises. Prenez votre première contrainte et barrez toutes les propositions qui ne la respectent pas. Puis la deuxième. Il ne reste généralement qu’une option après deux ou trois contraintes.

Cette inversion — éliminer plutôt que chercher — est ce qui fait la différence entre les bons et les très bons sur ce format.

Les quatre constructions qui couvrent presque tout

La progression. Un attribut augmente régulièrement dans une direction : le nombre d’éléments passe de 1 à 2 à 3, la figure tourne de 45° à chaque pas.

La distribution. Trois valeurs d’un attribut apparaissent une fois et une seule sur chaque ligne et chaque colonne — exactement le principe du sudoku. Si vous repérez trois formes différentes par ligne sans ordre apparent, pensez-y tout de suite.

La combinaison. La troisième case résulte des deux premières : superposition, soustraction, ou règle logique. Le cas le plus courant : un élément n’apparaît dans la troisième case que s’il figure dans une seule des deux premières — un « ou exclusif » déguisé.

L’emprunt croisé. La troisième case prend son contour à la première et son remplissage à la deuxième. Simple une fois nommé, invisible tant qu’on ne connaît pas la figure.

Deux pièges réels

La série continue. Certaines matrices ne se lisent pas ligne par ligne mais comme une seule suite de neuf cases, de gauche à droite puis ligne suivante — exactement comme on lit un texte. Si les lignes et les colonnes ne donnent rien, essayez cette lecture avant d’abandonner.

Le distracteur « presque juste ». Les propositions sont construites pour correspondre à toutes les contraintes sauf une. C’est pourquoi la méthode par élimination est supérieure : en cherchant la bonne réponse, on s’arrête sur la première qui « ressemble » ; en éliminant, on est forcé de vérifier chaque contrainte.

S’entraîner utilement

Trois conseils qui valent mieux que des heures d’exercices répétitifs.

Verbalisez la règle à voix haute avant de répondre. Si vous ne pouvez pas la dire en une phrase, vous ne l’avez pas trouvée — vous avez une intuition, et les intuitions se font piéger par les distracteurs.

Quand vous vous trompez, ne regardez pas seulement la bonne réponse : identifiez l’attribut que vous aviez manqué. Les erreurs se concentrent presque toujours sur un ou deux attributs précis, souvent la rotation ou le détail discret.

Enfin, travaillez sur des matrices originales. Les épreuves classiques circulent tellement que les refaire mesure votre mémoire, pas votre raisonnement. Les figures de notre test ont toutes été créées pour ce site, et chacune est corrigée avec la règle explicitée.