Peut-on s’entraîner à un test de QI ?

La question revient constamment, et elle est mal posée. « S’entraîner » peut vouloir dire deux choses très différentes : améliorer son score à ce type d’épreuve, ou améliorer l’aptitude que l’épreuve prétend mesurer. La première est facile, la seconde beaucoup moins.

Améliorer son score : oui, nettement

L’effet de pratique est l’un des phénomènes les mieux établis de la psychométrie. Repasser un test du même type fait généralement gagner plusieurs points au deuxième essai, puis un peu moins au troisième, avec un plateau qui s’installe assez vite.

Le mécanisme n’a rien de mystérieux. À la première rencontre, une bonne partie de votre attention part dans des tâches annexes : comprendre la consigne, deviner ce qu’on attend, gérer le chronomètre, s’habituer au format. À la deuxième, tout cela est acquis, et l’attention se porte entièrement sur le problème.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les psychologues respectent un délai — souvent six mois à un an — avant de refaire passer un test à la même personne, et pourquoi les protocoles sérieux disposent de plusieurs versions équivalentes.

Améliorer l’aptitude : beaucoup plus douteux

C’est là que la littérature devient sévère. Les programmes d’entraînement cognitif — les applications de « brain training » notamment — produisent des gains bien documentés sur les tâches entraînées, des gains modestes sur des tâches très voisines, et pratiquement rien sur des tâches éloignées.

Autrement dit : à force de vous exercer aux matrices, vous deviendrez meilleur aux matrices. Rien n’indique que votre capacité à raisonner dans un contexte nouveau, non entraîné, en bénéficie. Le transfert lointain est précisément ce que ces programmes promettent et ce que les études peinent à démontrer.

Cette conclusion a été contestée, et le débat continue. Mais quiconque vous promet une hausse durable et générale de vos capacités contre quelques semaines d’exercices avance beaucoup plus que ce que les données soutiennent.

Quand s’entraîner a du sens

Dans un cas précis : quand ce qui compte est le score lui-même, et non ce qu’il représente.

C’est la situation des tests psychotechniques de recrutement et de concours — fonction publique, transport, sécurité, écoles paramédicales. L’épreuve est un obstacle à franchir, elle suit des formats stables, et se familiariser avec ces formats change réellement les résultats. S’entraîner y est non seulement légitime mais rationnel : c’est de la préparation, comme pour n’importe quel examen.

C’est également vrai si vous devez passer une séance de test chez Mensa : vous y jouez le franchissement d’un seuil, et arriver en connaissant le format est un avantage.

Quand cela n’a aucun sens

Si vous vous apprêtez à passer un bilan chez un psychologue, l’entraînement est contre-productif. Le but du bilan est d’obtenir une image fidèle de votre fonctionnement cognitif, parce que c’est à partir de cette image que des décisions seront prises — un aménagement scolaire, une orientation, l’explication d’une difficulté. Un score gonflé par l’entraînement produit une image fausse, et personne n’y gagne. Si vous avez récemment passé beaucoup de tests, dites-le simplement au praticien : il en tiendra compte.

Ce qui aide vraiment, le jour du test

Rien de spectaculaire, mais l’effet est réel et immédiat :

  • avoir dormi ;
  • faire le test d’une traite, sans interruption ;
  • ne pas s’enliser sur une question — sur une épreuve chronométrée, trois minutes passées sur un item difficile coûtent souvent plus que l’item ne rapporte ;
  • répondre même en cas d’incertitude lorsque rien n’est retiré pour une erreur, ce qui est le cas ici ;
  • choisir un moment où vous êtes disponible plutôt qu’une fin de journée chargée.

Ces quelques points valent facilement les points que l’on chercherait à gagner en s’entraînant pendant des semaines.